McKinsey France : succession ouverte après un règne cataclysmique
Baisse des effectifs en France, vague de départs d’associés, fin de l’activité secteur public, image dégradée : Clarisse Magnin aurait pu espérer un meilleur bilan - et un contexte global moins ardu.
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Pourtant, pour Clarisse Magnin, en 2021, tout avait bien commencé. Celle qui avait évolué durant près de 3 ans au sein du cabinet à Boston, dans le New Jersey et à New York, tout juste élue patronne de McKinsey France – une première –, bénéficiait alors du rebond post-Covid, les demandes de conseil atteignant leur apogée l’année suivante.
Clarisse Magnin affichait d’ailleurs des objectifs ambitieux, souhaitant voir doubler les effectifs du cabinet pour atteindre 1 500 consultants. En 2025 ces derniers sont, de son propre aveu, « environ 700, contre 800 au pic de 2023 ».
Dans l’intervalle, la machine judiciaire en France – qui s’est intéressée à la participation de consultants et poids lourds de McKinsey France à la campagne électorale du candidat Emmanuel Macron en 2017, ainsi qu'à l’optimisation fiscale qu’aurait réalisée le cabinet (il n’aurait versé aucun impôt sur les sociétés durant 10 ans en France) – a fait dérailler la belle mécanique. McKinsey France est toujours visé par trois procédures judiciaires distinctes.
En parallèle, l’impact des accords financiers conclus par McKinsey avec la justice US pour échapper à des sanctions pénales dans le scandale des opioïdes – plus de 600 000 décès liés à leur consommation entre 1999 et 2021 aux États-Unis, avec un impact sanitaire toujours en cours, ainsi qu’au Canada – a commencé à sérieusement impacter les revenus des associés, alors qu’une autre décision différait le paiement des bonus (ou d’une partie de ceux-ci). Sans parler de l’impact sur la réputation du cabinet.
Tout s’est donc emballé, dans le mauvais sens.
La fermeture du secteur public à Paris, des effectifs en baisse et la « fuite » des associés
Dans le viseur du Sénat quant à son activité Secteur public – au-delà de la dimension judiciaire déjà évoquée –, le cabinet y a très vite renoncé. Elle représentait seulement « 4 % de l’activité globale en France, les bonnes années », relativisait-on en interne.
Il n’en reste pas moins que, lors du premier quinquennat du président Macron, le cabinet avait bénéficié de près de 73 millions d’euros de commandes de l’État et d’organismes affiliés – DITP (Direction interministérielle de la Transformation publique), UGAP (Union des Groupements des Achats Publics) et DAE (Direction des Achats de l’État).
Puis vint la période de ralentissement dans le secteur du conseil, exacerbée pour les gros paquebots plus sensibles aux fluctuations du marché. Et les décisions à prendre en matière d’effectifs : dans une interview aux Échos début juillet, Clarisse Magnin inscrivait leur diminution dans le cadre d’une contraction mondiale de 10 %, qu’elle expliquait notamment « par la centralisation de certaines activités dans des centres mondiaux d’excellence », dans des pays à bas coûts. Le cabinet revendique un chiffre d'affaires stable en 2024, supérieur d'environ 15 % à celui de 2020. Par ailleurs, en évoquant « une pyramide des effectifs équilibrée », la dirigeante semblait justifier la fonte du partnership français.
À l’heure où nous écrivons ces lignes, 19 départs ont en effet été enregistrés depuis septembre 2024. Et certains anciens associés ont brisé le mur du silence, pourtant robuste chez McKinsey, en partageant, certes anonymement, les raisons de leurs départs.
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Qui dit « McK », dit culture du secret. Signe d’un malaise palpable, d’anciens partners ont accepté d’évoquer les raisons de leurs départs du bureau parisien.
Le cabinet, qui pointait déjà à la 2e place pour la taille de son partnership dans l’Hexagone, se voit distancé par son rival historique, le BCG, et presque rattrapé par Bain.
Autre point notable : aucun associé français ne siège actuellement au comex de McKinsey.
Une communication qui a vacillé
Point d’orgue des difficultés rencontrées par Clarisse Magnin durant son mandat : l’enquête que l’émission Cash Investigation a consacrée au cabinet, pour laquelle Élise Lucet a réussi à interpeler la dirigeante du cabinet en pleine rue – comme la journaliste le fait régulièrement.
À l’évidence très déstabilisée, Clarisse Magnin avait, notamment, affirmé ignorer « si son cabinet avait payé l’impôt sur les sociétés en France en 2022 et 2023 ». Effet dévastateur.
Selon nos confrères des Echos, alors qu’elle va conserver ses fonctions jusqu’à l’élection de son successeur dans les prochaines semaines, Clarisse Magnin se voit proposer le pilotage de la practice européenne Consumer – qui regroupe les pôles biens de grande consommation, distribution agroalimentaire et spécialisée, luxe, mode, beauté et services de restauration.
Et une nouvelle page va s’ouvrir pour McKinsey France, dans ses nouveaux locaux du boulevard des Invalides. Comme l’exprimait la dirigeante à l’annonce du déménagement, ce dernier devrait être synonyme « de nouvelle source d’énergie et d’inspiration ».
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