Consultants à tous les étages : la scène culturelle saoudienne s’interroge
Alors que l’Arabie saoudite densifie à grande vitesse son paysage culturel, la présence massive de cabinets de conseil occidentaux fait grincer des dents.
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L’expansion culturelle voulue par le plan « Vision 2030 » du prince héritier Mohammed ben Salmane s’appuie en effet sur des projets spectaculaires, mais aussi, comme le révèle The Art Newspaper, sur une armée de consultants étrangers dont l’influence ne peut plus être ignorée.
McKinsey et le BCG auraient été les architectes du plan « Vision 2030 » lui-même. McKinsey a également accompagné dans la durée le projet de métropole du futur Néom, désormais en grande difficulté. Jusqu'en 2018, le BCG et Oliver Wyman avaient aussi contribué à l’élaboration du projet.
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En Arabie saoudite, un paysage culturel piloté de façon standardisée ?
Dans un pays où la construction de musées ou de pôles culturels et le lancement de biennales s’enchaînent à un rythme inédit, les cabinets de conseil en stratégie – Bain, Deloitte ou Kearney étant également cités par The Art Newspaper – sont donc omniprésents.
À leurs côtés, des agences plus spécialisées, comme Barker Langham, Consulum, Brunswick Arts ou Flint Culture, mais aussi Havas, pilotent études, scénographies d’exposition et autres opérations d’envergure.
Des musées comme le Red Sea Museum, inauguré ce mois-ci à Djeddah, ou le Black Gold Museum, qui le sera prochainement à Riyad, reposent largement sur des stratégies et des déploiements confiés à des cabinets de conseil.
Le risque d’une culture en mode PowerPoint
Cette dépendance massive reproduirait les logiques du monde corporate peu compatibles avec la création.
Selon le commissaire d’exposition et écrivain Sabih Ahmed, « cela réduit l’art à des paramètres fondés sur l’analyse quantitative, le retour sur investissement, l’évolutivité, les études d’impact ». Ce serait comme « bâtir une culture du sport en construisant des stades et en développant des stratégies de merchandising, plutôt qu’en investissant dans des espaces d’entraînement, des terrains de jeu, des parcs ».
Il dénonce aussi, en compagnie de l’artiste Lantian Xie, basé à Berlin et Riyad, l’émergence d’une « esthétique du conseil » faite de rendus lisses et de modèles standardisés, inspirés d’autres pays du Golfe.
McKinsey a ainsi conseillé le développement du pôle culturel JAX, situé à l’extérieur de Riyad – qui abrite des ateliers d’artistes, des galeries et les espaces de la Fondation de la Biennale de Diriyah. Et d’autres cabinets ont pensé les plans stratégiques du hub d’art, de tourisme et de patrimoine de la région d’AlUla, ou de Diriyah – souvent avec des recettes déjà utilisées à Dubaï ou Doha.
L’artiste star Ahmed Mater, ancien dirigeant de la Misk Art Foundation, nommé par MBS, souligne, lui aussi, les limites de ces approches. « Quand je pilotais Misk, on me demandait toujours mes KPIs… Or, en tant qu’artiste, je sais que la meilleure part de la culture n’est pas quantifiable. »
Une dynamique qui fragilise la transmission locale
Autre critique majeure : l’absence de mémoire institutionnelle générée par un turnover constant de prestataires. Un commissaire d’exposition impliqué dans un projet gouvernemental témoigne : « Quand l’événement est fini, les consultants s’en vont, et il faut recréer le savoir-faire de zéro la fois suivante. »
Derrière la qualité reconnue par les acteurs du secteur de réalisations, telles que l’Islamic Arts Biennale – un succès critique et public – demeure un enjeu structurel : l’externalisation de pans entiers de la politique culturelle saoudienne.
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